Le HUIPIL


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« Un textile qui date de l’époque pré-colombienne, le huipil est chargé d’histoire, de symbolisme et de beauté ».

Le huipil, du náhuatl ‘huipilli », est une sorte de chemise ou robe typique des indigènes mexicains et d’Amérique central généralement brodé avec des motifs floraux et géométriques. C’est ainsi que l’explication resta écrite dans des documents des Archives générales des Indes de Séville, où l’on décrit des villages mexicains qui correspondent a différentes zones géographiques du territoire qui au 21 ème siècle comprenait le vice royaume de la Nouvelle Espagne.

Dans l’un de ces documents on mentionne le huipil pour parler de la robe des femmes indigènes, (qui marchent vêtues de chemises de la terre) et qui dans leur langue est appelé « huipiles». Pour pouvoir décrire les découvertes réalisées dans ces voyages aux autorités qui finançaient leurs excursions avec précision, les européens mélangeaient les termes des langues indigènes avec leur discours, en introduisant de nouveaux mots en espagnol. Dans l’exemple précédent, le terme huipil était présenté comme la chemise suivi de la marque géographique de la terre pour le différencier du vêtement que portait les espagnols.

Antonio Pedrote Romero et Eva Bravo-García expliquent dans leur article « la désignation de l’habit traditionnel dans les relations géographiques mexicaines à travers le lexique náhuatl » publié dans la revue espagnole d’Anthropologie Américaine en 2018.


Aujourd’hui nous savons que la charge historique et culturelle du Huipil est beaucoup plus riche qu’une simple robe qui couvre le corps féminin de la poitrine aux pieds.

Le huipil raconte l’histoire du Mexique :

Au temps de la conquête, il y avait un dicton: « indien habillé, indien conquis ». Dans de nombreuses parties d’Amérique Latine cette conquête n’a pas aboutie, et cela a permis de maintenir dans la toile qui est celle de la robe mexicaine, l’impression de leur culture. Selon Marcella Echavarría, consultante de marques qui travaillent avec les communautés indigènes, dans le Huipil, il y a une série de codes et textes qui racontent l’histoire du Mexique.

Les textiles ont servi comme texte d’expression avant l’écriture, il y a beaucoup de niveaux de communication dans le textile, explique Echavarria a Vogue. Il y a des textiles qui maintiennent ces code cryptés, très géométriques, avec des brocards, et avec des broderies. Mais il y en a certains qui ont adopté des thèmes de l’habit européen dans le huipil, comme des roses, qui n’étaient pas typiques à l’époque pré-colombienne, en créant un syncrétisme culturel (…) Le huipil n’est pas un vêtement statique.

ZERO DECHET

Il n’y a pas de déchets dans la production d’un huipil. Le Huipil se fabrique avec un métier à tisser à la taille, un outil qui date de 1500 ans avant Jésus Christ, avec la particularité d’avoir une largeur de toile qui va correspondre à la largeur du métier à tisser, généralement de 30 et 40 centimètres de large, et pour cela il n’y a aucun déchet, parce qu’on fabrique uniquement la toile que l’on va utiliser, il s’agit d’un processus complètement circulaire.

La plupart du temps, le coton utilisé est celui que les communautés elle-mêmes cultivent, ou des soies que eux-mêmes traitent.


LA GRANDE VARIETE

Le Huipil est une pièce précieuse, avec une grande variété de représentations au Mexique, explique Cándida Fernández, directrice de la promotion culturelle Banamex. « Il y a des zones de huipils longs, de huipils courts, il existe le « Quexquémitl » (poncho), et tous mélangent une variété de techniques et de matières.

A l’époque pré-hispanique, les huipils étaient de coton et de jute, et dans l’étape des vice royaumes, ils ont introduit la laine et la soie ce qui a donné une grande richesse aux pièces textiles.


Selon Donal et Dorothy Cordy, il existe jusqu’à onze formes de huipils. Ils l’ont ainsi illustré dans leur livre ‘Robes indigènes mexicaines », publiés par l’Université de Texas en 1968. Marta Turok, anthropologue et protectrice de la collection d’art populaire du musée Franz Mayer, dit que pour comprendre le huipil, plus que de prêter attention aux variations de formes, même si c’est important, il faut surtout comprendre le concept: c’est une toile doublée à la moitié, avec un orifice pour la tête et généralement on coud les deux côtés jusqu’en bas. C’est soit un rectangle, soit un carré.

La deuxième chose à comprendre est qu’il existe plusieurs longueurs, ça peut être un seul lien de toile qui arrive au dessus du nombril, et jusqu’à trois liens, qui arrivent jusqu'à la cheville. Tout ceci est le huipil au Mexique, la raison du pourquoi il s’agit d’une pièce modulaire, qui se construit à partir de liens, c’est par la limitations qu’a le métier à tisser, qui ne peut produire que des pièces de 30 ou 40 cas de large.

SYMBOLIQUE

Le huipil est considéré comme un cadeau des déesses.

Le huipil est un nom générique, dérivé, comme nous l’avons dit plus haut, du nahuatl « huipilli », parce que ceux qui accompagnent les espagnols dans la conquête sont les tlaxcaltecas et ils parlent cette langue, mais au Mexique, il y a plus de 60 groupes de langues et 300 variations a l’intérieur de ces langues, et où le huipil survit encore.

Dans de nombreuses régions l’usage du huipil s’est malgré tout perdu, et les groupes ethniques qui le portent encore lui ont donné un nom dans leur propre langue. Par exemple, dans le Yucatan, on dit, « Hipil ». Il faut comprendre que derrière le mot « huipil », il y a des dizaines de noms locaux.

Le huipil est important pour Turok non seulement pour sa valeur esthétique mais aussi pour ce qu’il représente : c’est la pièce de résistance culturelle. Il a toujours la même importance pour les groupes qui le créent et le portent, et c’est un marqueur d’âge. Dans certaines cultures, les petites filles s’habillent différemment des jeunes, les célibataires s’habillent différemment que les femmes mariées. Turok explique que les huipils de cérémonie sont souvent très complexes, avec une symbologie plus prononcée, et l’utilisent pour les fêtes traditionnelles.

Dans de nombreuses communautés, les vierges portent des huipils, et cela a un rapport avec l’époque pré-hispanique où le huipil était un cadeau des déesses.

Ce sont les déesses qui enseignent à tisser à leurs filles sur terre et en apprenant à tisser la pièce du huipil est implicite.

Alors, il y a des aspects non seulement de valeur matérielle, mais aussi des aspects profondément cosmogoniques et de mites de création du monde, du pour quoi les choses sont comme elles sont.

Fernández croit que la beauté et la variété du huipil est de ressortir, non seulement sur d’autres pièces de vêtement traditionnel mexicain mais aussi sur d’autres pièces de tout le continent. A l’expostion « l’art dans le vêtement et la mode au Mexique », 1940-2015’, dirigée par Fernández, se sont retrouvés dans un même espace, des robes traditionnelles du Mexique, parmi elles, une riche collection de huipils avec des design contemporains. En décrivant l’exposition, on remarque que la véritable étoile, pour elle, ça a été les huipils, pour leur beauté et qualité intemporelle.

LE GRAND PARADOXE DU HUIPIL

Les grands musées du monde, de dix ou huit ans en arrière, ont augmenté la fréquence des expositions de mode, et elles sont de plus en plus grandes et ambitieuses, explique Fernandez dans une vidéo qui parcourt l’exposition, ouverte en 2016. La première de la sorte au Mexique, elle cherchait à refléter la réalité mexicaine, qui est, pluri- culturelle et qui côtoie tous les jours l’indigène, le métisse, le cosmopolite, et était un prétexte parfait pour signifier l’habit indigène comme un vêtement beau et qui subit dans les communautés des chocs, des goûts qu’on appelle dans l’argot de mode, les tendances.





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